
La stabilité au coeur du mouvement
L'automne appartient à ces temps de transition. La nature nous rappelle que rien ne demeure à l'identique. Et nous aussi, nous changeons. Notre corps, notre énergie, notre humeur, nos besoins changent. Les circonstances de notre vie changent, elles aussi.
Au cœur du mouvement omniprésent, le yoga nous invite à cultiver une qualité essentielle : Sthira.
Sthira signifie stable, ferme, solide, constant.
Nous rencontrons notamment ce terme dans un Sūtra de Patañjali : « sthira-sukham āsanam » Y.S. II.46
La posture, āsana, est à la fois sthira, stable, et sukha, aisée, confortable.
La stabilité dont parle le yoga n'est pas de la rigidité. Elle ne consiste ni à nous immobiliser, ni à nous crisper ou à résister au changement. Dans une posture, nous pouvons être profondément stables tout en respirant, en nous ajustant, en restant disponibles aux sensations.
Peut-être pouvons-nous envisager sthira de cette manière, comme la capacité à demeurer présent au cœur du mouvement...
Sur le tapis, cette expérience commence très concrètement. Nous cherchons nos appuis. Nous répartissons le poids du corps. Nous trouvons l'axe autour duquel de petits ajustements vont continuer à se produire.
Et petit à petit, cette expérience dépasse le cadre de la posture.
Qu'est-ce qui nous soutient lorsque nos repères changent ?
Qu'est-ce qui nous permet de traverser une période mouvementée sans être emportés par chacun de ses remous ?
Qu'est-ce qui, en nous, pourrait gagner en stabilité au cœur d'une vie qui, par essence, est changeante ?
Il nous faudra apprendre à trouver un point d'appui intérieur, suffisamment solide pour que le mouvement puisse se faire, sans que nous ne perdions continuellement notre centre, sans nous laisser emporter.
Comment trouver de la stabilité sans cesser d'être en mouvement ?
Nous associons parfois la stabilité à l'immobilité. Être stable serait ne pas bouger, ne pas vaciller, rester semblable à soi-même, malgré tout ce qui arrive.
Mais est-ce vraiment ainsi que fonctionne le vivant ?
Non, bien sûr. Lorsque nous sommes debout, apparemment immobiles, notre corps effectue en permanence de micro-ajustements pour maintenir l'équilibre.
Lorsque nous marchons, nous quittons un appui pour en trouver un autre.
Lorsque nous respirons, le corps évolue continuellement au rythme de l'inspiration et de l'expiration. Donc, la stabilité implique toujours une part de mouvement. Et elle se construit au cœur même du mouvement.
Nous pouvons en faire très simplement l'expérience dans une posture de yoga. Si nous cherchons à la maintenir en nous raidissant, nous nous figeons. Le souffle devient plus contraint, les tensions augmentent, et la posture perd peu à peu la qualité d'aisance que Patañjali associe justement à sukha (confort, aisance).
À l'inverse, si nous relâchons toute forme de tenue, la structure n'est plus là.
Entre les deux existe cette possibilité : être suffisamment stable pour maintenir la posture, et suffisamment disponible pour l'ajuster. Ainsi sthira peut rejoindre véritablement sukha.
Dans notre quotidien, nous pouvons de temps en temps confondre stabilité et réflexe de maintenir les choses telles qu'elles sont. Nos habitudes. Nos repères. L'image que nous avons de nous-mêmes ou de notre vie. Pourtant, la vie ne cesse de se transformer.
Chercher la stabilité ne consiste donc pas à empêcher le changement, mais à développer une qualité intérieure qui nous permette de le traverser sans se perdre.
L'automne nous le rappelle, la nature change d'apparence. Les feuilles tombent. La lumière décroît et les températures baissent. Tout se transforme, et pourtant la vie continue son mouvement.
La stabilité du vivant n'est donc pas l'absence de mouvement.
Texte inspiré de la Newsletter de Yogamrita, octobre 2026




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